Une liaison routière entre Fos et Salon, un véritable sujet de débat

La création d’une route de 25 km, reliant la zone portuaire de Fos et l’autoroute A54, doit améliorer la circulation en facilitant les conditions de desserte de Fos à Salon-de-Provence. La Commission Particulière du Débat Public qui organise le débat sur ce projet de septembre à décembre 2020 garantit la participation de la population qui s’exprime ainsi sur les grands enjeux socio-économiques et environnementaux. Explications.

Aujourd’hui, un constat s’impose. La population de l’ouest de l’Etang de Berre n ‘a cessé de croître ces dernières années passant de 116 000 en 2000 à 137 000 en 2017 et cette évolution va continuer à se poursuivre avec 190 000 habitants à l’horizon 2030.

Sur ce territoire très étendu, le dynamisme économique est porté par les activités industrialo-portuaires (sidérurgie, raffinage, pétrochimie, aéronautique, énergie) et logistiques avec quelque 56 000 emplois dans les zones d’activité et 1500 sur la plateforme Clésud.

A cela s’ajoute une mosaïque de milieux écologiques faisant l’objet de périmètres de protection et notamment la ZNIEFF (Zone Naturelle d’Intérêt écologique faunistique et floristique) de la Crau. Sur ce pan de territoire, coexistent quatre productions agricoles ou viticoles classées en AOC (foin de Crau, taureau de Camargue, huile d’olive d’Aix-en-Provence, vins des Côteaux d’Aix ainsi qu’IGP riz de Camargue.

De plus, ce secteur se caractérise par un maintien de la biodiversité grâce aux zones agricoles destinées à la gestion des écosystèmes. Enfin, ce territoire alimente en eau potable 270 000 habitants du pourtour de l’Etang de Berre grâce à la réalimentation de la nappe de la Crau par les canaux et l’irrigation gravitaire.

Accroissement du trafic

En dépit des efforts conjoints de la métropole Aix-Marseille Provence et du Grand Port Maritime de Marseille pour susciter l’usage des transports en commun et des modes de transport doux, le dynamisme économique et démographique pourrait générer une hausse du trafic routier estimé, à l’horizon 2030, à 231 000 véhicules par jour contre 199 000 en 2012 sur les cinq communes concernées à savoir Fos-sur-Mer, Salon-de-Provence, Miramas, Grans et Istres) soit un taux de croissance annuel de 0,6%.

Aujourd’hui, le trafic routier dense impactée fortement le territoire. Les deux voies RN 568 et RN 569 sont congestionnées aux heures de pointe. Cela suscite un allongement des temps de parcours de quinze minutes et de facto une insécurité routière préoccupante avec des niveaux deux fois supérieurs au niveau moyen de leur catégorie mais aussi des pollutions de l’air prégnantes et des pollutions sonores élevées.

Un projet tangible

Le projet de liaison Fos Salon de Provence destiné à désengorger les voies actuelles est inscrit à présent dans la stratégie de mobilité durable du territoire. L’intérêt est d’ailleurs mentionné dans de nombreux documents depuis près de quinze ans et notamment le projet d’aménagement et de développement durable du SCOT (Schéma de cohérence territoriale) Ouest Etang de Berre. En 2018, ce projet a été considéré comme prioritaire par le Conseil d’Orientation des Infrastructures qui a souhaité qu’il soit réalisé entre 2028 et 2032.

Situé sur les communes de Salon-de-Provence, Grans, Miramas, Istres et Fos-sur Mer, l’aménagement de la liaison routière sur l’axe RN 569 a vocation tout d’abord à améliorer la liaison entre les différents pôles urbains en offrant une desserte de tous les pôles générateurs de déplacement via de nombreux échangeurs et aussi de développer l’intercommunalité en incitant à l’adoption de moyens alternatifs. Ce projet vise également à contribuer à augmenter la compétitivité du GPMM et à accompagner le développement de la ZIP industrialo-portuaire. Enfin, il désire fluidifier et améliorer la sécurité de la circulation et à réduire les nuisances aux populations.

Trois tracés possibles

Trois options sont posées, l’une sous la forme d’une autoroute, la seconde d’une autoroute intermédiaire et la troisième d’une voie express. La première consisterait à réaliser un aménagement de la RN 569 en autoroute deux fois deux voies avec une vitesse de 110 km/heure abaissée à 90km/h au droit des zones urbaines et un contournement à deux fois deux voies de Fos-sur-Mer.

La seconde porterait sur un aménagement de la RN 569 en infrastructure de type autoroutier à deux fois deux voies. Elle favoriserait une amélioration du contournement existant de Fos-sur-Mer.

Enfin, la troisième option donnerait lieu à un aménagement de la RN 569 en voie express à deux fois une voie avec des créneaux de dépassement. Elle comporterait des échangeurs dénivelés au droit des secteurs présentant les plus fort trafics.

Le coût du projet oscillerait entre 272M€ et 533M€, aux conditions de 2015, soit du simple au double, selon l’option retenue et la variante considérée. Le financement serait effectué par voie de concession totale ou partielle.

Les enjeux du débat public

Si la situation actuelle avec la crise sanitaire liée au Covid 19 rend toutefois les choses plus difficiles, le débat public sur la liaison routière entre Fos et Salon a débuté dès le 2 septembre de manière intelligente avec un remarquable planning d’actions. Le débat s’inscrit en fait en amont du processus de conception du projet lorsque toutes les options sont encore possibles. Il s’adresse à l’ensemble de la population qui est invitée à s’exprimer, poser des questions, formuler des suggestions ou des des critiques et contribuer dès lors à la réflexion collective sur le projet qui pourra dès lors être modifié, enrichi ou complété. Ce projet initialement conçu au moment de l’aménagement de la zone industrielle de Fos, lors de la construction de la RN 569 dans les années 80, doit aujourd’hui s’adapter et évoluer au regard des nouvelles mobilités, des transports de marchandises, des politiques publiques ainsi que des besoins du territoire.

Ainsi, du 2 septembre au 31 décembre 2020, le débat public permettra de répondre à de nombreuses questions portant, entre autres, sur les déplacements à l’horizon 2030, ou encore sur l’opportunité de ce projet au regard des perspectives de développement et de mobilité durable du territoire.

Une commission du débat

La commission nationale du débat public qui organise en France tous les débats sur les grands projets d’équipement a nommé une commission particulière du débat public. Ainsi, le 7 mai 2019, cette commission a décidé d’organiser un débat public pour la liaison Fos-Salon considérant les enjeux socio-économiques et environnementaux qui lui sont attachés. La CPDF a été désigné le 5 juin 2019. Elle est composée de sept membres issus de la société civile et du monde universitaire. Le débat mis en place en amont ouvre le champ d’actions. «La commission organise le débat et garantit la participation du public mais ne s’exprime pas sur le fond», explique Jean Michel Fourniau, son président.

Tous ceux qui le souhaitent peuvent ainsi participer. En fait, la participation à l’élaboration des décisions publiques est un droit fondamental. «L’objectif est de parvenir à œuvrer pour que tous les points de vue puissent s’exprimer afin que le maître d’ouvrage puisse prendre sa décision», souligne Gabrielle Hertz, secrétaire générale de la CPDP Fos-Salon.

Le débat donne ainsi l’opportunité d’exercer le droit de chacun en s’informant, en posant des questions au maître d’ouvrage, en s’exprimant librement notamment sur les différentes options du tracé ou encore sur des questions liées à la santé. «Nous allons à la rencontre du public pour l’informer du débat. Nous mettons en place diverses actions et notamment des balades à vélo», précise Laura michel, l’une des membres de la commission.

Un timing précis

Le débat sera décliné sous différents formats physiques et numériques pour faciliter l’expression des avis.

Après quatre mois, la commission fait un compte rendu du débat de façon indépendante, met à plat les idées, sans chercher à sous peser les points de vue. Après la prise en compte des aménagements fin 2021, le projet pourra alors débuter en 2027 et être mis en service en 2030. Le 28 septembre 2020, ce sera un point d’étape important pour le débat public. Une réunion plénière sera organisée à Miramas avec le Préfet, les représentants des cinq villes concernées avec leurs édiles, la présidente de la Métropole Aix-Marseille Provence, le président du Grand Port Maritime de Marseille et le président de France Nature Environnement. «Après cette période de quatre mois, la commission aura deux mois pour écrire son rapport et le rendre public», explique Jean-Michel Fourniau. Le maître d’ouvrage aura après cela trois mois pour prendre sa décision sur la poursuite ou non du projet.

Jean-Pierre Enaut


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